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Constitution et gouvernement

Le Pérou est une République. La Constitution actuellement en vigueur (1993) établit un régime présidentiel.

Le pouvoir exécutif

Le Président de la république, élu pour cinq ans au suffrage universel direct, est le chef de l'exécutif. Sont élus avec lui pour un mandat de même durée deux vice-présidents. Le conseil des ministre est présidé par un premier ministre qui est, à côté du chef de l'Etat, le porte-parole de l'exécutif, et exerce essentiellement un rôle de coordination. Il contresigne certains décrets présidentiels (décrets législatifs et d'urgence).

Le pouvoir législatif

Le système législatif péruvien est unicaméral et porte le nom de Congrès. Ses membres sont élus pour cinq ans au suffrage universel direct.

Situation actuelle

Depuis l’investiture d’Alan Garcia en juillet 2006, le Pérou a connu ses meilleures performances économiques depuis les années 1960 et la croissance la plus rapide d’Amérique latine (9,4% en 2008). Néanmoins, le chef de l’État péruvien a vu sa popularité tomber aux alentours de 20%, nombre de Péruviens ayant le sentiment qu’ils ne recueillaient pas les fruits de cette prospérité.

Après une difficile campagne contre le « candidat des pauvres » et des indigènes, Ollanta Humala, mais considéré comme le candidat du « moindre mal », Alan Garcia a été élu avec 53% des suffrages, malgré le mauvais souvenir laissé par son premier mandat présidentiel de 1985 à 1990, marqué par le terrorisme du Sentier lumineux et une grave crise économique. Le président Garcia doit en outre composer avec le Congrès car son parti, l’APRA, ne dispose pas de la majorité. Face à une opposition peu organisée, le nouveau gouvernement constitue des alliances « sur mesure » selon les dossiers.

Au début de son mandat, le président Garcia a pris des initiatives qui ont prêté à polémique : contrôle accru de l’activité des ONG (loi promulguée en décembre 2006, dont certaines dispositions ont été jugées contraires à la Constitution par le Tribunal constitutionnel en août 2007) et projet de rétablissement de la peine de mort (pour les violeurs et assassins d’enfants ainsi que les terroristes). Ce projet a fait notamment l’objet de démarches européennes dissuasives. Il a finalement été rejeté par le Congrès en janvier 2007, malgré un soutien massif de l’opinion publique.

Partisan du libéralisme et héritant de son prédécesseur d’une situation économique et financière particulièrement favorable, Alan Garcia a mis en œuvre une politique de contrôle des dépenses publiques, d’ouverture aux investissements étrangers, de développement des infrastructures routières comme énergétiques et d’assainissement des eaux (en partie liée à un plan de lutte contre la pauvreté) qui a généré une forte croissance économique.

Pourtant, la pauvreté s’est réduite plus lentement que prévu et les disparités régionales restent très fortes entre la capitale, la partie côtière et le Nord du pays, qui ont tiré bénéfice de cette phase d’expansion, et la majeure partie des régions andines où la pauvreté touche 70% d’une population d’origine indienne (ces régions avaient d’ailleurs voté en grande majorité pour Ollanta Humala). Des conflits sociaux se développent ainsi périodiquement avec des grèves, des blocages de routes et des manifestations parfois violentes. À ceci s’ajoute la narco-guerilla menée par des groupes résiduels du Sentier lumineux dans des zones marginales (en particulier la région du VRAE, vallée des rivières Apurimac et Ene, dans le département d’Ayacucho), dans un pays qui est le second producteur au monde de cocaïne.

En octobre 2008, un scandale politique dû à la découverte d’une affaire de corruption dans laquelle étaient impliqués des membres de l’APRA a contraint le gouvernement à démissionner. Le chef de l’État a choisi un nouveau Premier ministre de centre-gauche, Yehude Simon. Celui-ci s’était engagé à lutter en priorité contre la corruption et à mener une politique économique et sociale ambitieuse, pour lutter contre la pauvreté et accélérer la décentralisation. Confronté au ralentissement de l’activité économique lié à la crise internationale, le gouvernement doit en outre faire face à la radicalisation des revendications des communautés indigènes, hostiles aux décrets pris pour mettre le pays en conformité avec les critères de l’accord de libre échange signé avec les États-Unis en 2006. Ces décrets visent l’exploitation des ressources naturelles agricoles et minières des régions amazoniennes et le contrôle des ressources hydriques, que les communautés indigènes considèrent comme une remise en cause des droits patrimoniaux qu’elles revendiquent sur leurs terres ancestrales. En février 2008, des protestations paysannes dans les Andes avaient déjà fait neuf morts et de nombreux blessés, les forces de l’ordre étant autorisées à faire usage d’armes à feu.

C’est dans ce contexte que des violences sont survenues à Bagua (Amazonie péruvienne) entre forces de l’ordre et populations indiennes, les 5 et 6 juin 2009. Elles ont fait officiellement 34 morts (24 policiers et dix civils) et ont provoqué une importante crise politique et sociale. Pour permettre le retour au calme, le gouvernement péruvien a décidé d’abroger plusieurs des décrets contestés et le président Garcia a annoncé son souhait de bâtir un dialogue rénové avec les représentants des communautés indigènes, visant à adopter de nouvelles normes qui permettent de protéger l’Amazonie. Enfin, le Rapporteur spécial des Nations unies pour les peuples indigènes, James Anaya, a demandé le 19 juin aux Autorités péruviennes d’établir une commission d’enquête, avec participation internationale, pour examiner les faits et consolider le processus de dialogue.

Alors qu’une forte agitation sociale règne dans le pays et que le traumatisme laissé par les événements de Bagua reste encore très présent, Alan Garcia, dont l’impopularité atteint des niveaux record (67% de mécontentement selon les sondages), a procédé le 11 juillet à un remaniement ministériel. Javier Velasquez, président du Parlement, a été nommé Premier ministre en remplacement de Yehude Simon. Membre de l’APRA, le parti du chef de l’État, c’est le troisième Premier ministre nommé en trois ans. Les ministres des Relations extérieures, de l’Économie, des Mines ou de la Santé conservent leurs portefeuilles. En revanche, ceux de l’Intérieur, de la Défense, de la Justice et de l’Agriculture ont été remplacés, sans doute pour n’avoir pas su éviter les violences en Amazonie. Le président Garcia a fixé comme priorité au nouveau gouvernement la « lutte contre la pauvreté », qui touche encore 36,2% de la population. L’autre défi majeur du nouveau Premier ministre sera d’honorer les engagements pris par son prédécesseur vis-à-vis des communautés indigènes d’Amazonie, en poursuivant la concertation entamée ces dernières semaines.

Affaire Fujimori

L’arrivée inopinée au Chili, le 6 novembre 2005, de l’ex-président Fujimori a fait sensation, dans le contexte de la campagne pour l’élection présidentielle au Pérou. Détenu à Santiago en attendant l’aboutissement de la demande d’extradition péruvienne, puis remis en liberté provisoire, l’intéressé, au demeurant inéligible jusqu’en 2011, n’a pu peser sur le cours des choses. Après avoir été rejetée, dans un premier temps, par la Cour suprême chilienne (juillet 2007), la demande d’extradition a été acceptée en appel et l’ex-président a été aussitôt transféré au Pérou le 22 septembre 2007. Un procès « historique » s’est ouvert le 27 novembre 2007, pour diverses affaires de corruption et d’atteintes aux droits de l’Homme, qui a abouti à une première condamnation en décembre 2007 à six ans de prison (dans une affaire mineure). Les audiences sont diffusées en direct à la télévision et à la radio, assurant à ce procès au long cours un très large écho médiatique et populaire. Alberto Fujimori a été condamné le 7 avril 2009 à 25 ans de détention pour son rôle dans des massacres de civils, séquestrations, tortures, perpétrés par des escadrons de la mort pendant sa présidence (1990 à 2000), des exactions assimilées par la justice locale à des « crimes contre l’humanité ». Un appel a été interjeté par l’accusé. Les ONG de défense des droits de l’Homme ont rendu un hommage appuyé à la justice péruvienne, tandis que les sympathisants d’Alberto Fujimori (près de 2000 étaient réunis le jour du verdict) et sa fille, Keiko, la députée la mieux élue aux législatives en 2006, que les autres partis prennent au sérieux en vue de la présidentielle de 2011, ont dénoncé une « sentence de haine et de vengeance ». Keiko Fujimori a indiqué qu’élue, elle pourrait amnistier son père. L’ancien président a été de nouveau condamné en juillet 2009 à sept ans et demi de prison pour corruption. Une quatrième condamnation à six ans de prison pour corruption a clos le jugement de la présidence Fujimori le 30 septembre 2009. Les peines ne s’additionnant pas au Pérou, l’ancien président ne purgera que la peine la plus longue à laquelle il a été condamné.

Source : France diplomatie

Dernière mise à jour : 10/08/2010

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